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Feuilles d'en ville
Ce doux et sec craquement-frôlement du pied qui fouille les feuilles en tas sur le trottoir. Combien ça me ramène à l’enfance où les platanes me prêtaient leur parure tombée pour m’amuser en revenant de l’école, sur le parking où attendait la toute petite voiture de ma mère pour me rapporter à la maison, enclose que j’étais à l’époque !
J’assiste maintenant à Lyon à leur lente descente et à leurs diverses attitudes au sol. Celle qui s’arcboute comme une araignée, ne consentant à poser que ses extrémités, celles qui émergent de la grille du métro, droites dans le vent, la queue enfoncée dans l’amorce d’un sous-sol tiède qui soutient aussi le postérieur du SDF qui quémande ainsi plus confortablement.
Il y a aussi les paresseuses qui ne dégringolent que cahin-caha, se heurtant à la branche du dessous de leur domicile pour atterrir sur le chapeau du monsieur à la canne lors de sa promenade matinale, trajectoire heurtée et incertaine mais qui aboutira quoi qu’il en soit sur le trottoir, à côté de ses congénères.
Il est possible de retrouver les mêmes feuilles du jour au lendemain, sèches puis humides ou vice-versa, si le jeune homme qui a pour mission de souffler avec son manchon sur les tas les a oubliées en chemin.
Il est possible aussi de poser le pied sur le conglomérat spongieux et peu avenant qui résulte de celles qui ont été soufflées et où l’on ne reconnaît bientôt plus de forme et même plus de morceaux. Une bouillie qui s’écoulera à la prochaine averse.
Réellement surprenantes, les dernières résistantes s’accrochent à leur branche comme des berniques à leur rocher – enfin pas tout à fait. On les sent hésitantes, fragiles, prêtes à consentir, un jour ou l’autre, sous une bourrasque ou sous le poids de la corneille qui jacasse et pèse.
Nous sommes loin désormais de l’offensive venteuse du début de l’automne qui ne parvenait qu’à faire onduler les flamboyances des érables, voire à les tordre, mais sans parvenir à arracher ces formes sculpturales de leur perchoir, qui se gargarisaient des remarques admiratives du passant. Bientôt nous serons au cœur de la rapacité de l’hiver et il ne restera que le squelette des arbres, des membres défeuillés, qui dessineront comme le rébus d’un appel à la sève nouvelle.
Je ne me rationne pas : je parcours inlassablement les trottoirs enfeuillés, mesurant l’appel inlassable des arbres et la liberté de souffle qu’ils rendent à l’humain grandi qui les observe.