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Passer à l'acte !

     Glacier de la Marmolada. Photo AFP-Nationale

« Dans moins de 30 ans la Terre sera en partie invivable et dans 80…game over » écrit Sébastien Bohler.


L’humanité, bien qu’en partie consciente de cet impératif biologique et climatique, n’agit pas ou peu. En tout cas, insuffisamment pour sauver son milieu de vie.
Les chercheurs en neurosciences tentent d’expliquer cette paresse générale de l’action mondiale par la conformation de notre cerveau.
Le striatum, logé sous le cortex, est responsable des cinq motivations de base : manger, se reproduire, acquérir du statut social, minimiser ses efforts et glaner de l’information.
Les cellules nerveuses du striatum sont donc programmées pour la croissance : chaque information conquise, chaque amélioration de statut social, chaque achat, chaque consommation de produits comme le sucre, génère une décharge de dopamine, donc du plaisir. La dopamine diminue au fil du temps s’il n’y a pas surenchère. La seule opportunité de générer à nouveau du plaisir est alors d’augmenter les doses, de consommer davantage de ces « produits ».

Chaque espèce animale est soumise à une dynamique de ce type, notamment pour assurer sa conservation. Mais notre espèce a généré une logique folle qui, au lieu de contribuer à notre conservation, aboutira à sa destruction par destruction du milieu qui la porte. L’humanité a levé les barrières qui arrêtent la prolifération des autres espèces (rivalités entre espèces, limite de l’accès aux ressources de l’écosystème dans lequel elle évolue) grâce à son intelligence technique qui a été exercée pour dominer les autres espèces grâce à l’outil puis à la machine. Elle a ainsi exploité des ressources complexes à extraire, se figurant alors qu’elles étaient illimitées. Elle s’est conduite comme un « être global » psychopathe, manipulant par exemple l’information pour confirmer ce délire, appréhendant le monde comme un mécanisme.

D’autres principes et biais cognitifs entrent en jeu.
Le principe de « coopération conditionnelle » : si je fais un effort, comme par exemple prendre une douche plus courte pour économiser l’eau, je veux être certaine que tout le monde agira de la même façon.
La « dévalorisation temporelle » : plus un avantage supposé, comme la préservation de l’existence humaine, est éloigné dans le temps, moins il a de valeur pour le cerveau.
Il faut ajouter le « biais de statu quo » : nous avons l’impression que le modèle auquel nous sommes parvenus est inamovible. Alors que l’arrêt de l’économie mondiale, impensable pour la plupart d’entre nous et pourtant provoquée par le Covid, nous a démontré le contraire. La guerre en Ukraine, remise en question de l’intégrité du territoire européen par une puissance plus ou moins considérée comme devenue fréquentable, est une autre occasion pour nous prouver que rien n’est jamais définitif.

Une alternative se présente alors.
Soit on pense le cerveau humain susceptible de se réorienter grâce à l’utilisation de ses capacités de raison et de volonté détenues par le cortex cérébral qui peut bloquer les ordres du striatum en transmettant ses ordres par l’intermédiaire de fibres de substance blanche. Ces câbles neuronaux ont besoin d’entraînement (d’éducation...) et ils ont tendance à s’atrophier dans une société où les désirs ont tendance à être satisfaits plus ou moins instantanément (enfin surtout en occident, dans la partie riche du monde dit civilisé/commentaire personnel).
Soit on pense que cela n’est pas possible et dès lors la seule possibilité est la contrainte par une structure mondiale plus éclairée que la plupart des individus.
« La logique serait que chaque humain ne puisse consommer au-delà de ce qu’une répartition équitable permet d’accorder à chacun sans dépasser les limites de la planète que nous savons désormais quantifier » dit Thierry Ripoll. Il accorde que « préserver la planète aurait alors une dimension nécessairement liberticide ». Brimer les libertés de déplacement, de consommation, de possession, d’engendrement, sans limiter celles de création, de penser, de critiquer*. Cela ne paraît, selon le chercheur, impossible qu’en raison de notre conviction qu’il est impossible de changer les choses à grande échelle (biais de statu quo) que la réalité nous démontre pourtant jour après jour ces derniers temps comme totalement erronée.

Les catastrophes locales devenues inévitables contribueraient peut-être à une prise de conscience qui réveillerait notre désir de faire pour le plus grand nombre, si nous le percevons solidaire de notre qualité de vie à court ou moyen terme. Car la raison n’y suffira pas si nous ne sommes pas directement affectés. Il faut que nos émotions y concourent aussi, mettant alors en sourdine le principe de coopération conditionnelle, décrit plus haut. Il y faudrait aussi une perception de la souffrance éprouvée par les non-humains. Un élargissement de l’échelle de l’empathie. Une collaboration des moyens de communiquer, des media.


* mais est-ce faisable, cette dissociation des libertés ? Ne sont-elles pas plutôt solidaires ? Contraindre l’humanité à moins consommer ne conduirait-il pas à exercer un pouvoir peu à peu de nature dictatoriale ? (commentaire personnel)


Ce billet rend globalement compte, sauf mention contraire, d’un long article du Monde du 15/06/2022, une interview de deux chercheurs en neurosciences, Thierry Ripoll et Sébastien Bohler. Pour plus de détails ou de nuances, se référer directement à l'interview.
De plus, les auteurs ont publié chacun un ouvrage, juste avant la publication du dernier rapport du GIEC.
Thierry Ripoll. Pourquoi détruit-on la planète. Le cerveau d’Homo Sapiens est-il capable de préserver la Terre ? Ed Le Bord de l’eau, 2022. 
Sébastien Bohler. Human Psycho. Comment l’humanité est devenue l’espèce la plus dangereuse de la planète. Bouquins, 2022.

Tag(s) : #Ecologie
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