Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

 

Les coucous, le mérion superbe, la pie et le merle, une sacrée histoire
Un 'mérion superbe'

La vie du coucou pourtant libéré des tâches « familiales » n’est pas idyllique.
Les habitants légitimes se défendent de l’invasion des coucous par des stratégies voire des stratagèmes nombreux et ingénieux. Ils interviennent à chaque étape de la couvaison, jusqu’à l’envol et à l’autonomie du ou des « jeunes ». C’est une découverte récente, on pensait jusqu'alors que ces luttes étaient limitées à l'arrivée de l'indésirable. A ces défenses variées, les coucous « répondent » par d’autres.

Les auteurs de l’article tentent l’image militaire, celle de la « guerre froide » pour évoquer ces dynamiques de réciprocité.
Prenons un moment pour noter le côté assez genré du choix de la comparaison : on est dans un texte écrit par des hommes… Les coévolutions des espèces concernées pourraient être dénommées « dialogue inter-espèces » (Baptiste Morizot aimerait sans doute mieux), si l’action du jeune coucou n’était si choquante pour nous qui imaginons illico un tel traitement infligé à notre progéniture par une espèce alien. Les scientifiques choisissent au fil de l’article un terme plus neutre, « système parasite-hôte ». Sans doute est-ce le terme employé dans le monde des biologistes et éthologues. L’expression « guerre froide » est peut-être employée pour donner une assise symbolique et favoriser la transmission de connaissance. Nous sommes dans la vulgarisation, de haut niveau certes, mais vulgarisation tout de même (et heureusement, sinon nous n’y comprendrions goutte !).

Il s’agit par exemple pour les espèces parasitées de construire des nids de plus en plus difficiles à localiser ou bien de trouver un moyen de reconnaître leurs propres œufs en variant notamment leur couleur, les dessins de la coquille… et cela dans un temps court, parfois pour la même femelle, ce qui est assez surprenant quand on pense à la conception lente de l’évolution que nous avons eue pendant très longtemps. L’œuf du coucou se trouve alors visible et sera rejeté. La stratégie du coucou essuie un échec. En gros, il est en retard d’une étape évolutive, ringardisé.
Cependant, le rejet des œufs étrangers n’est pas le scenario adopté à tous les coups par l’hôte : il comporte le risque de rejeter le « bon » œuf, ou de tellement s’agiter qu’il endommage ses propres œufs. Le merle femelle accepte ainsi assez fréquemment des œufs plus lourds bien que les reconnaissant comme étrangers. De plus, certains coucous adoptent un « comportement mafieux » (sic) en détruisant systématiquement les nids des pies qui refusent leurs œufs, ce qui encourage les pies, perdu pour perdu, à accepter les œufs de l'envahisseuse lors des couvées suivantes.

Les hôtes peuvent aussi agir par rapport à l’oisillon parasite même s’il est déjà seul dans le nid, autrement dit s’il a déjà « gagné » le combat et que l’on se situe alors à une étape plus avancée du processus de parasitisme. Une femelle de mérion superbe, passereau australien, a été étudiée en 2003. Elle avait carrément abandonné et laissé mourir de faim le coucou didric éclos dans son nid. Acte en apparence totalement gratuit puisque ses oisillons étaient déjà éliminés. Une ‘leçon’ au coucou pour la suite de l’évolution ? Certaines femelles hôtes, elles, dans les mêmes conditions, expulsent l’envahisseur en le blessant et le saisissant avec leur bec…
Les coucous développent alors à l’extrême leur mimétisme de forme ou de chant au stade oisillon (voir les photos) pour ne pas être reconnus par leur future mère d'adoption, ou bien ils se spécialisent dans le lien avec une seule espèce-hôte, qui peut alors leur accorder l’hospitalité alors qu’elle la refuse à une espèce parasite rivale, construisant ainsi une sorte de partenariat stable pour un temps.

Il arrive - rarement - que des oisillons de l’espèce-hôte et l’oisillon-parasite soient élevés ensemble. Dans ce cas, ce n’est que dans un stade encore ultérieur, après le premier envol mais avant l’autonomie, que les hôtes peuvent cesser de le nourrir. L’oisillon adolescent ne meurt généralement pas à ce stade car il arrive à se faire adopter par un hôte voisin qui, lui, n’a élevé que des coucous !

Que de finesse dans la coévolution ! Quelle extraordinaire capacité à survivre et à changer ! En gros, peu importe la forme, pourvu que la survie de l’espèce soit assurée de chaque côté et chacun s’occupe au mieux de sa propre espèce…

Mais non, parfois on s’occupe un peu du voisin :  les acceptations d’œufs étrangers peuvent être plus fréquentes lors de périodes où l’espèce parasite est en voie de disparition sur une zone donnée ! Le taux de rejet est passé de 65% à zéro en à peine dix ans dans l’expérience concernant l’agrobate roux et son coucou invité dans le sud de l’Espagne ; l’espèce coucou était en difficulté à ce moment-là. Un exemple de coopération, un coup de pouce inter-espèces. C’est inédit dans cette lutte, ou tout au moins dans le récit humain que nous nous en faisons pour l’instant, fruit de décennies d’études.

 Si le coucou avait su ce qui l'attendait dans cette épopée aurait-il tenté le coup ?

D'après l'article de la revue Pour la science de janvier 2021, numéro 519. Auteurs : Francisco Ruiz-Raya et Manuel Soler.

 

Tag(s) : #coévolution, #coucou, #parasite
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :